C H R I S T O P H E
 G A R D N E R

  P  H  O  T  O     G A  L  L  E  R  Y 




Récit   Pologne   
Premier jour.

Difficile le réveil à 4 heures du matin, surtout lorsque le réveil décide de sonner 20 minutes à l’avance. Pas grave, comme ça j’ai le temps. Douche, café, dernières vérifications et c’est parti. Route tranquille vers Toulouse à 115 km/h sur l’autoroute, j’ai le temps. Arrivée, enregistrement, fouille… et ô surprise, c’est la grève des aiguilleurs du ciel ! Je sais que je suis toujours en France.
Très amusant. On attend. Personne ne sait rien bien entendu ; l’avion décollera peut être vers 10h30. D’avance c’est fichu pour ma correspondance. Finalement on nous fait récupérer nos bagages pour retourner au comptoir d’enregistrement. On nous fera peut être passer par Paris. Je pose une question à la dame qui essaye de garder son calme : mais si c’est une grève nationale, qu’allons nous faire à Paris ? On risque de s’y trouver coincés, non ?
Finalement on a pu partir pour Amsterdam avec juste 1h30 de retard. Ouf.
Amsterdam, correspondance ratée mais service efficace ; j’arrive au comptoir et je suis déjà prévu sur le prochain vol.

Arrivée à Varsovie, embouteillages, je ne comprends pas un mot de ce que disent les gens, mais j’arrive tout de même à destination. Re-ouf.
L’hôtel est moche, c’est des grands blocs avec au moins dix mille chambres par bloc, mais les chambres sont très confortables, propres, salle de bain impeccable et de plus on dors très bien.
Pour le premier soir, Greg, l’ami de Laure m’invite à dîner et me fait faire un tour de la ville by night. Ca me donne une petite idée de ce à quoi ressemble la ville et ça m’aidera à me repérer pour les jours à venir.

Premier jour : à l’attaque de la ville, je prends le bus pour rejoindre le centre car mon hôtel est un peu à l’écart. Et là, toute la journée je vais arpenter les rues de long en large cherchant l’inspiration qui, c’est mon sentiment, n’arrive pas. Je déjeune d’une salade dans le vieux Varsovie c’est-à-dire le coin à touristes. Je crois que tous les coins à touristes de part le monde se ressemblent : bouffe mauvaise, additions salées et écrites à la main… syndrome Grèce. Mais bon, il fait beau et je mange en terrasse alors tout va bien.

Il parait que j’ai beaucoup de chance pour le temps mais c’est souvent le cas. C’est comme trouver des places de stationnement. Avec moi, Greg n’en est pas revenu de trouver une place pile devant le restaurant ou on allait manger.

Je ne sais même plus où j’ai marché tellement j’ai fait de kilomètres, mais Varsovie est une ville vivante et agréable. Ca grouille dans tous les sens et j’ai été frappé par le nombre de jeunes. C’est une ville universitaire aussi ce qui explique probablement beaucoup.

Pour faire de la photo, j’ai besoin d’être seul. J’ai besoin de « rentrer dans mon sujet », sentir l’endroit, les gens… et ça je ne peux pas le faire avec quelqu’un. Surtout que généralement ils sont pleins de bonnes intentions et me disent « tiens, là tu as une photo à faire » alors qu’en général, ce n’est pas du tout ça. Ma démarche - s’il y en a une - est très personnelle.

Le deuxième soir je suis allé diner dans un petit coin très sympa ; la rue était piétonne et les terrasses pleines. Je me suis tapé des suchis - plat typiquement polonais - avec un petit coup de blanc. La boisson nationale est la bière, mais au bout de 50 litres en 24 heures, j’avais envie d’un coup de blanc. J’ai mangé tard et je suis rentré un peu fatigué de ma journée de marche. Dormi comme un loir.

Mercredi 17. Troisième jour. Ce matin je suis allé courir. Ca faisait depuis lundi que je n’avais pas couru et ça m’a fait du bien. Je n’ai fait que 4 kilomètres mais avec ce que je fais subir à mes jambes, c’est bien suffisant. Une bonne douche et me voilà d’attaque pour prendre le petit déjeuner. Je n’en ai pas encore parlé des petits déjeuners, mais ils sont vraiment super ! Œufs brouillés, saucisses, choucroute, petits pains, jambons, fromages, croissants, confitures, céréales, fruits, yaourts et plein d’autres trucs que je ne connais pas. En tout cas, de quoi avoir de l’énergie pour la journée.

Je suis venu en Pologne pour faire des photos sur un thème bien précis : les valeurs laïques ! Je me suis dit que c’était bien dans un pays comme celui-ci que je trouverais les contrastes les plus intéressants. Pas simple. En tout cas je mitraille, mais si je ne suis pas satisfait et si je n’ai pas l’impression de trouver l’inspiration, c’est parce que je ne suis pas certain d’avoir compris mon thème. C’est quoi les valeurs laïques ? Des valeurs humaines ? Je crois que les valeurs humaines englobent tout : les valeurs religieuses (des valeurs laïques qui auraient mal tournées ?) et le reste. Après, chacun ses valeurs.

Encore une journée à arpenter. C’est un peu la répétition de la première journée mais en connaissant mieux le terrain. Toujours une salade à midi et en fin de journée, je vais boire un pot avec Greg et ses collègues de travail. C’est mon premier « vrai » contact avec les indigènes ! Bien qu’à la table il y ait des biélorusses, des ukrainiens, des polonais… très sympa, les conversations avec moi sont en français et en anglais. Je comprends.

Vendredi, départ pour Gdansk. Me voilà à la gare centrale de Varsovie au milieu d’une foule chargée de valises. C’est le début des vacances et j’ai l’impression que tout le monde va à Gdansk ! Effectivement, le train est plein. J’ai beaucoup de chance et je trouve une place dans un compartiment. Non fumeurs vous avez dit ? Faut croire que non. Ici c’est aux non fumeurs de se lever et d’aller respirer dans le couloir ! Ca cause pas beaucoup. Il y en a (dans l’ordre) une qui lit, une qui dort, un qui fume, bouquine et cause à sa copine, une qui mange et cause à son copain, une qui écoute son transistor à tue tête, son mari qui fume et boit une bière, moi et enfin, une qui lit un magazine. Le décor est planté et le paysage défile très doucement. C’est pas un TGV, ça non ! Les arrêts en gare sont longs, il y a des travaux sur la ligne et le train a du retard… pittoresque je vous dit !

Le voyage dure six heures. On oublie ce qu’étaient les voyages en train avec nos TGV et corails aseptisés. Déjà il y a des compartiments. Et puis surtout, il y a l’odeur que je serais incapable de décrire - c’est comme « l’odeur de métro » - mais en train. Ce sont les fenêtres ouvertes et les têtes qui dépassent. Les départs de train toutes portes ouvertes avec les adieux au mouchoir… bon, pas à ce point là, mais les derniers jettent leur mégot en prenant le train en marche. Des choses qu’on oublie je vous dis.

Gdansk. Je prends un taxi pour aller à l’hôtel qui n’est pas très loin, mais ça, je ne le savais pas. Le chauffeur me demande si je veux rencontrer des filles (j’accepte bien sûr) et me suggère des clubs très bien. Enfin, ça dépend pour quoi. Pensant que mes trois femmes et huit maîtresses restées au pays n’aimeraient pas ça, je décline son offre, gagne ma chambre (très belle chambre, la classe), mets une pélloche dans mon Kodak et me voilà parti. Quelle belle ville, mais horreur, il y a des touristes partout !

S’il y a bien une chose qui ressemble à un touriste, c’est un autre touriste. Où qu’on soit dans le monde, c’est les mêmes ! Il n’y a que les langues dominantes qui diffèrent, mais partout on entend le même « anglais » qui ne ressemble à rien. Je trouve qu’on devrait aussi se battre pour la défense de la langue anglaise car si elle gagne du terrain, elle perd nettement en qualité.

Je me mêle au flot des papa-maman qui prennent tous les deux la même photo en même temps. Il n’auront plus qu’à les assembler pour avoir des photos en stéréo. A Gdansk comme à Varsovie, les polonaises sont très belles. Ici aussi j’ai l’impression qu’elles ont toutes 20 ans ou 70 ans. Mais je suis ici pour faire de la photo alors je ne les regarde même pas… et puis j’en connais dans mon entourage qui sont bien plus belles à mes yeux, alors au boulot.

Samedi. Réveil à 4 heures du matin, le jour est déjà levé. La journée s’annonce longue. Aujourd’hui, je vais aux chantiers navals. Pensez bien, Solidarnosc, Lech Walesa, la fin du communisme… toute une légende. Je me vois déjà en train de faire les photos du siècle, le reporter au cœur de l’actualité, acteur de la liberté…
Déjà on ne veut pas me laisser rentrer. Je ne comprends pas un mot, mais ça je l’ai compris. La dame me montre un panneau écrit en anglais car elle ne me comprend pas non plus. Je cherche mes lunettes. Et je cherche. Alors la dame prend pitié de moi et va chercher un monsieur qui ne comprend rien non plus mais qui m’indique un groupe d’allemands dont sûrement un parle le serbo-croate ou quelque chose comme ça. Et gentiment ils m’invitent à rejoindre leur groupe pour la visite des chantiers. Leur guide polonais - forcément un ancien de Solidarnosc - parle en polonais à un autre guide qui traduit en allemand. Je suis tranquillement jusqu’au moment où j’arrive à m’échapper du groupe.
Et là, je vais errer pendant des heures dans ce qui reste du mythe.

Bâtiments en ruines, épaves, rouille… on a du mal à imaginer tout ce qui s’est passé ici. De temps en temps je croise un ouvrier ou un groupe d’ouvriers. Ils on l’air triste et surtout, ils ne sont pas causants. Vu que je ne comprends rien, on s‘en fiche…
Pourtant, mon polonais s’est beaucoup amélioré depuis mon arrivé. Je sais dire bonjour, au revoir, merci, oui et non. J’ai appris « à votre santé » mais j’ai oublié. Il parait que je prononce très bien, alors quand je dis bonjour, les gens me disent plein de trucs que je ne comprends pas alors ils me regardent en se disant que je dois être l’idiot du village.

Depuis 4 heures du matin. Mes pieds n’en peuvent plus. Fin d’après-midi, je rentre faire une pause à l’hôtel. Ouf. J’en profite pour vider les cartes mémoire, charger les batteries de l’appareil photo, faire un premier tri des photos et en sélectionner quelques-unes. Rien de vraiment excitant, mais je crois que je suis trop obsédé par le sujet et que ça coince mon style. Va falloir changer tout ça.

La soirée est jeune et je repars on the road. Je fuis les quartiers touristiques et prends une autre direction. Et là, je tombe sur un concert en plein air du chanteur Grzegorz Gooroo Tyszkiewicz (comment ? Vous ne connaissez pas ?). Génial ! La foule est attablée et bat le rythme, chante, cause, rigole… Alors je fais comme eux : je vais me chercher une bière et j’écoute vu que je ne peux pas parler. Je prends des photos du chanteur et du public, l’ambiance est incroyable. Ah, me voilà enfin mêlé au peuple ! Heu-reux. A la fin du concert, j’achète son CD qu’il me dédicace et je repars vers le centre pour manger un morceau. C’est que ça creuse tous ces kilomètres. Le temps de rentrer, trier les photos et bouquiner, il est deux heures du matin. Le jour va bientôt se lever, mais moi, je vais attendre sept heures du matin pour faire repartir la machine. J’ai laissé tomber l’idée de courir le matin.

Dimanche. Grand jour en Pologne. D’abord, tout le monde va à la messe. Ensuite, c’est jour d’élections. Du pain sur la planche. Je « couvre » les deux événements à la recherche du scoop qui fera basculer ma vie. Je ne l’ai pas trouvé mais je me suis régalé quand même. Les gens du bureau de vote étaient très sympa et n’ont opposé aucune résistance ! J’ai pu mitrailler les vieux, les jeunes, les animaux…

Les bureaux de vote sont… différents. Il n’y a pas vraiment d’isoloir mais un simple carton sur une table. Les gens remplissent leurs feuilles à plusieurs donc Madame vote comme dit Monsieur ou le contraire. Je suis mauvaise langue, mais je trouve bien notre système d’isoloir dans lequel on rentre seul après avoir pris une feuille de chaque candidat. Normalement c’est obligatoire même s’il y en a qui ne prennent qu’une feuille parfois. Malgré tout le charme qu’on peut trouver à un bureau de vote installé dans une classe de maternelle, je n’y fais pas de vieux os.

Direction… je ne sais pas, on verra.

Voilà que je tombe sur une église. C’est un miracle car il n’y en a qu’une à chaque coin de rue. Les gens chantent et c’est très beau, alors je rentre. Oui, j’avoue, j’ai assisté à une partie de la messe pendant laquelle je n’ai compris que « presidenski » et « Johan Sebastien Bach ». J’en conclue qu’il parle d’élections ou qu’il prie pour le salut du président défunt. J’en conclue aussi qu’il va y avoir un concert quelque part, mais là, je ne suis pas assez calé. Je prends des photos. Dedans, dehors, les fidèles ne m’échappent pas !

De là, je décide d’enfin utiliser le billet de tram que j’ai acheté et je file vers la banlieue. C’est un peu plus glauque mais c’est la vie. Tout n’est pas que dorures, luxe et volupté ; il faut parfois se souvenir qu’il y a des gens qui travaillent, ne gagnent pas des millions comme nous (!) et vivent dans des coins moins flamboyants.

Voilà pour le moment. Il est 19 heures et ça fait trente minutes que je suis rentré pour terminer ces quelques lignes commencées dans le train et continuées la nuit dernière. Dans quelques minutes je vais repartir faire un tour…

En attendant la suite, merci à mes amies et à ma famille qui m’ont envoyés de gentils messages (mails, facebook et sms) tous les jours depuis que je suis ici. C’est ma seule vrai communication depuis quelque temps et ça fait du bien de ne pas être oublié !

 
P O L O G N E

POLOGNE 2010
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