Premier
jour.
Difficile
le réveil à 4 heures du matin, surtout lorsque
le réveil décide de sonner 20 minutes à
l’avance. Pas grave, comme ça j’ai le temps.
Douche, café, dernières vérifications
et c’est parti. Route tranquille vers Toulouse à
115 km/h sur l’autoroute, j’ai le temps. Arrivée,
enregistrement, fouille… et ô surprise, c’est
la grève des aiguilleurs du ciel ! Je sais que je
suis toujours en France.
Très amusant. On attend. Personne ne sait rien bien
entendu ; l’avion décollera peut être vers
10h30. D’avance c’est fichu pour ma correspondance.
Finalement on nous fait récupérer nos bagages
pour retourner au comptoir d’enregistrement. On nous
fera peut être passer par Paris. Je pose une question
à la dame qui essaye de garder son calme : mais si
c’est une grève nationale, qu’allons nous
faire à Paris ? On risque de s’y trouver coincés,
non ?
Finalement on a pu partir pour Amsterdam avec juste 1h30 de
retard. Ouf.
Amsterdam, correspondance ratée mais service efficace
; j’arrive au comptoir et je suis déjà
prévu sur le prochain vol.
Arrivée
à Varsovie, embouteillages, je ne comprends pas un
mot de ce que disent les gens, mais j’arrive tout de
même à destination. Re-ouf.
L’hôtel est moche, c’est des grands blocs
avec au moins dix mille chambres par bloc, mais les chambres
sont très confortables, propres, salle de bain impeccable
et de plus on dors très bien.
Pour le premier soir, Greg, l’ami de Laure m’invite
à dîner et me fait faire un tour de la ville
by night. Ca me donne une petite idée de ce à
quoi ressemble la ville et ça m’aidera à
me repérer pour les jours à venir.
Premier
jour : à l’attaque de la ville, je prends le
bus pour rejoindre le centre car mon hôtel est un peu
à l’écart. Et là, toute la journée
je vais arpenter les rues de long en large cherchant l’inspiration
qui, c’est mon sentiment, n’arrive pas. Je déjeune
d’une salade dans le vieux Varsovie c’est-à-dire
le coin à touristes. Je crois que tous les coins à
touristes de part le monde se ressemblent : bouffe mauvaise,
additions salées et écrites à la main…
syndrome Grèce. Mais bon, il fait beau et je mange
en terrasse alors tout va bien.
Il
parait que j’ai beaucoup de chance pour le temps mais
c’est souvent le cas. C’est comme trouver des
places de stationnement. Avec moi, Greg n’en est pas
revenu de trouver une place pile devant le restaurant ou
on
allait manger.
Je
ne sais même plus où j’ai marché
tellement j’ai fait de kilomètres, mais Varsovie
est une ville vivante et agréable. Ca grouille dans
tous les sens et j’ai été frappé
par le nombre de jeunes. C’est une ville universitaire
aussi ce qui explique probablement beaucoup.
Pour
faire de la photo, j’ai besoin d’être seul.
J’ai besoin de « rentrer dans mon sujet »,
sentir l’endroit, les gens… et ça je ne
peux pas le faire avec quelqu’un. Surtout que généralement
ils sont pleins de bonnes intentions et me disent « tiens,
là tu as une photo à faire » alors
qu’en général, ce n’est pas du tout
ça. Ma démarche - s’il y en a une - est
très personnelle.
Le
deuxième soir je suis allé diner dans un petit
coin très sympa ; la rue était piétonne
et les terrasses pleines. Je me suis tapé des suchis
- plat typiquement polonais - avec un petit coup de blanc.
La boisson nationale est la bière, mais au bout de
50 litres en 24 heures, j’avais envie d’un coup
de blanc. J’ai mangé tard et je suis rentré
un peu fatigué de ma journée de marche. Dormi
comme un loir.
Mercredi
17. Troisième jour. Ce matin je suis allé courir.
Ca faisait depuis lundi que je n’avais pas couru et
ça m’a fait du bien. Je n’ai fait que 4
kilomètres mais avec ce que je fais subir à
mes jambes, c’est bien suffisant. Une bonne douche et
me voilà d’attaque pour prendre le petit déjeuner.
Je n’en ai pas encore parlé des petits déjeuners,
mais ils sont vraiment super ! Œufs brouillés,
saucisses, choucroute, petits pains, jambons, fromages, croissants,
confitures, céréales, fruits, yaourts et plein
d’autres trucs que je ne connais pas. En tout cas, de
quoi avoir de l’énergie pour la journée.
Je
suis venu en Pologne pour faire des photos sur un thème
bien précis : les valeurs laïques ! Je me suis
dit que c’était bien dans un pays comme celui-ci
que je trouverais les contrastes les plus intéressants.
Pas simple. En tout cas je mitraille, mais si je ne suis pas
satisfait et si je n’ai pas l’impression de trouver
l’inspiration, c’est parce que je ne suis pas
certain d’avoir compris mon thème. C’est
quoi les valeurs laïques ? Des valeurs humaines ? Je
crois que les valeurs humaines englobent tout : les valeurs
religieuses (des valeurs laïques qui auraient mal tournées
?) et le reste. Après, chacun ses valeurs.
Encore
une journée à arpenter. C’est un peu la
répétition de la première journée
mais en connaissant mieux le terrain. Toujours une salade
à midi et en fin de journée, je vais boire un
pot avec Greg et ses collègues de travail. C’est
mon premier « vrai » contact avec les
indigènes ! Bien qu’à la table il y ait
des biélorusses, des ukrainiens, des polonais…
très sympa, les conversations avec moi sont en français
et en anglais. Je comprends.
Vendredi,
départ pour Gdansk. Me voilà à la gare
centrale de Varsovie au milieu d’une foule chargée
de valises. C’est le début des vacances et j’ai
l’impression que tout le monde va à Gdansk !
Effectivement, le train est plein. J’ai beaucoup de
chance et je trouve une place dans un compartiment. Non fumeurs
vous avez dit ? Faut croire que non. Ici c’est aux non
fumeurs de se lever et d’aller respirer dans le couloir
! Ca cause pas beaucoup. Il y en a (dans l’ordre) une
qui lit, une qui dort, un qui fume, bouquine et cause à
sa copine, une qui mange et cause à son copain, une
qui écoute son transistor à tue tête,
son mari qui fume et boit une bière, moi et enfin,
une qui lit un magazine. Le décor est planté
et le paysage défile très doucement. C’est
pas un TGV, ça non ! Les arrêts en gare sont
longs, il y a des travaux sur la ligne et le train a du retard… pittoresque
je vous dit !
Le
voyage dure six heures. On oublie ce qu’étaient
les voyages en train avec nos TGV et corails aseptisés.
Déjà il y a des compartiments. Et puis surtout,
il y a l’odeur que je serais incapable de décrire
- c’est comme « l’odeur de métro »
- mais en train. Ce sont les fenêtres ouvertes et les
têtes qui dépassent. Les départs de train
toutes portes ouvertes avec les adieux au mouchoir…
bon, pas à ce point là, mais les derniers jettent
leur mégot en prenant le train en marche. Des choses
qu’on oublie je vous dis.
Gdansk.
Je prends un taxi pour aller à l’hôtel
qui n’est pas très loin, mais ça, je ne
le savais pas. Le chauffeur me demande si je veux rencontrer
des filles (j’accepte bien sûr) et me suggère
des clubs très bien. Enfin, ça dépend
pour quoi. Pensant que mes trois femmes et huit maîtresses
restées au pays n’aimeraient pas ça, je
décline son offre, gagne ma chambre (très belle
chambre, la classe), mets une pélloche dans mon Kodak
et me voilà parti. Quelle belle ville, mais horreur,
il y a des touristes partout !
S’il
y a bien une chose qui ressemble à un touriste, c’est
un autre touriste. Où qu’on soit dans le monde,
c’est les mêmes ! Il n’y a que les langues
dominantes qui diffèrent, mais partout on entend le
même « anglais » qui ne ressemble
à rien. Je trouve qu’on devrait aussi se battre
pour la défense de la langue anglaise car si elle gagne
du terrain, elle perd nettement en qualité.
Je
me mêle au flot des papa-maman qui prennent tous les
deux la même photo en même temps. Il n’auront
plus qu’à les assembler pour avoir des photos
en stéréo. A Gdansk comme à Varsovie,
les polonaises sont très belles. Ici aussi j’ai
l’impression qu’elles ont toutes 20 ans ou 70
ans. Mais je suis ici pour faire de la photo alors je ne les
regarde même pas… et puis j’en connais dans
mon entourage qui sont bien plus belles à mes yeux,
alors au boulot.
Samedi.
Réveil à 4 heures du matin, le jour est déjà
levé. La journée s’annonce longue. Aujourd’hui,
je vais aux chantiers navals. Pensez bien, Solidarnosc, Lech
Walesa, la fin du communisme… toute une légende.
Je me vois déjà en train de faire les photos
du siècle, le reporter au cœur de l’actualité,
acteur de la liberté…
Déjà on ne veut pas me laisser rentrer. Je ne
comprends pas un mot, mais ça je l’ai compris.
La dame me montre un panneau écrit en anglais car elle
ne me comprend pas non plus. Je cherche mes lunettes. Et je
cherche. Alors la dame prend pitié de moi et va chercher
un monsieur qui ne comprend rien non plus mais qui m’indique
un groupe d’allemands dont sûrement un parle le
serbo-croate ou quelque chose comme ça. Et gentiment
ils m’invitent à rejoindre leur groupe pour la
visite des chantiers. Leur guide polonais - forcément
un ancien de Solidarnosc - parle en polonais à un autre
guide qui traduit en allemand. Je suis tranquillement jusqu’au
moment où j’arrive à m’échapper
du groupe.
Et là, je vais errer pendant des heures dans ce qui
reste du mythe.
Bâtiments
en ruines, épaves, rouille… on a du mal à
imaginer tout ce qui s’est passé ici. De temps
en temps je croise un ouvrier ou un groupe d’ouvriers.
Ils on l’air triste et surtout, ils ne sont pas causants.
Vu que je ne comprends rien, on s‘en fiche…
Pourtant, mon polonais s’est beaucoup amélioré
depuis mon arrivé. Je sais dire bonjour, au revoir,
merci, oui et non. J’ai appris « à
votre santé » mais j’ai oublié.
Il parait que je prononce très bien, alors quand je
dis bonjour, les gens me disent plein de trucs que je ne comprends
pas alors ils me regardent en se disant que je dois être
l’idiot du village.
Depuis
4 heures du matin. Mes pieds n’en peuvent plus. Fin
d’après-midi, je rentre faire une pause à
l’hôtel. Ouf. J’en profite pour vider les
cartes mémoire, charger les batteries de l’appareil
photo, faire un premier tri des photos et en sélectionner
quelques-unes. Rien de vraiment excitant, mais je crois que
je suis trop obsédé par le sujet et que ça
coince mon style. Va falloir changer tout ça.
La
soirée est jeune et je repars on the road. Je fuis
les quartiers touristiques et prends une autre direction.
Et là, je tombe sur un concert en plein air du chanteur
Grzegorz Gooroo Tyszkiewicz (comment ? Vous ne connaissez
pas ?). Génial ! La foule est attablée et bat
le rythme, chante, cause, rigole… Alors je fais comme
eux : je vais me chercher une bière et j’écoute
vu que je ne peux pas parler. Je prends des photos du chanteur
et du public, l’ambiance est incroyable. Ah, me voilà
enfin mêlé au peuple ! Heu-reux. A la fin du
concert, j’achète son CD qu’il me dédicace
et je repars vers le centre pour manger un morceau. C’est
que ça creuse tous ces kilomètres. Le temps
de rentrer, trier les photos et bouquiner, il est deux heures
du matin. Le jour va bientôt se lever, mais moi, je
vais attendre sept heures du matin pour faire repartir la
machine. J’ai laissé tomber l’idée
de courir le matin.
Dimanche.
Grand jour en Pologne. D’abord, tout le monde va à
la messe. Ensuite, c’est jour d’élections.
Du pain sur la planche. Je « couvre »
les deux événements à la recherche du
scoop qui fera basculer ma vie. Je ne l’ai pas trouvé
mais je me suis régalé quand même. Les
gens du bureau de vote étaient très sympa et
n’ont opposé aucune résistance ! J’ai
pu mitrailler les vieux, les jeunes, les animaux…
Les
bureaux de vote sont… différents. Il n’y
a pas vraiment d’isoloir mais un simple carton sur une
table. Les gens remplissent leurs feuilles à plusieurs
donc Madame vote comme dit Monsieur ou le contraire. Je suis
mauvaise langue, mais je trouve bien notre système
d’isoloir dans lequel on rentre seul après avoir
pris une feuille de chaque candidat. Normalement c’est
obligatoire même s’il y en a qui ne prennent qu’une
feuille parfois. Malgré tout le charme qu’on
peut trouver à un bureau de vote installé dans
une classe de maternelle, je n’y fais pas de vieux
os.
Direction… je
ne sais pas, on verra.
Voilà
que je tombe sur une église. C’est un miracle
car il n’y en a qu’une à chaque coin de
rue. Les gens chantent et c’est très beau, alors
je rentre. Oui, j’avoue, j’ai assisté à
une partie de la messe pendant laquelle je n’ai compris
que « presidenski » et « Johan
Sebastien Bach ». J’en conclue qu’il
parle d’élections ou qu’il prie pour le
salut du président défunt. J’en conclue
aussi qu’il va y avoir un concert quelque part, mais
là, je ne suis pas assez calé. Je prends des
photos. Dedans, dehors, les fidèles ne m’échappent
pas !
De
là, je décide d’enfin utiliser le billet
de tram que j’ai acheté et je file vers la banlieue.
C’est un peu plus glauque mais c’est la vie. Tout
n’est pas que dorures, luxe et volupté ; il faut
parfois se souvenir qu’il y a des gens qui travaillent,
ne gagnent pas des millions comme nous (!) et vivent dans
des coins moins flamboyants.
Voilà
pour le moment. Il est 19 heures et ça fait trente
minutes que je suis rentré pour terminer ces quelques
lignes commencées dans le train et continuées
la nuit dernière. Dans quelques minutes je vais repartir
faire un tour…
En
attendant la suite, merci à mes amies et à ma
famille qui m’ont envoyés de gentils messages
(mails, facebook et sms) tous les jours depuis que je suis
ici. C’est ma seule vrai communication depuis quelque
temps et ça fait du bien de ne pas être oublié !
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